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30 Octobre 2026
Politique nationale / Réforme électorale en Côte d’Ivoire : la société civile mise sur la digitalisation pour restaurer la confiance
La Synergie des organisations de la société civile pour le renforcement de la gouvernance électorale en Côte d’Ivoire propose une nouvelle architecture du système électoral. Présentée le mercredi 28 octobre 2026 à Cocody, cette réforme repose sur trois entités distinctes et une digitalisation accrue des opérations électorales, dans l’objectif de garantir davantage de transparence et de crédibilité aux élections.
La réforme du système électoral ivoirien continue de susciter des réflexions au sein de la société civile. Le mercredi 28 octobre 2026, à Cocody, la Synergie des organisations de la société civile pour le renforcement de la gouvernance électorale en Côte d’Ivoire a présenté ses propositions techniques en faveur d’un dispositif électoral plus indépendant, transparent et fiable.
Cette conférence de presse a été l’occasion de présenter une nouvelle vision du futur organe chargé de l’organisation des élections, dans un contexte marqué par la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), le 6 mai 2026.
À travers un « Livret blanc », accompagné d’un dossier technique complémentaire, les organisations entendent apporter une contribution concrète au processus de réforme. Les observations issues des élections présidentielle et législatives de 2025 auraient notamment mis en évidence plusieurs difficultés liées à la transparence, à la fiabilité des opérations électorales et à la prévention des tensions.
Pour la société civile, l’enjeu majeur reste la restauration de la confiance entre les différents acteurs du processus électoral.
Trois entités pour une nouvelle architecture électorale
La principale innovation de cette proposition repose sur la mise en place de trois structures distinctes, chargées d’assurer des missions complémentaires.
Il s’agit de la Commission électorale d’experts (CEE), composée de neuf membres impartiaux et chargée de la régulation ainsi que des décisions électorales. À ses côtés, le Département général du fichier électoral (DGFE) assurerait la gestion technique permanente du fichier électoral.
La troisième entité, le Département général de l’éducation civique et électorale (DGECE), serait chargée de sensibiliser les citoyens et de promouvoir une meilleure compréhension du processus électoral.
Cette organisation vise à clarifier les responsabilités, à renforcer l’indépendance des différentes structures et à limiter les risques de contestation liés à la gestion des élections.
Franck KOUASSI, secrétaire général de l’ONG Tolerance of the World et membre de la Coalition des 2 000 organisations de la société civile, a insisté sur la particularité de cette proposition.
Selon lui, la réflexion ne doit pas se limiter à la désignation d’un responsable à la tête du futur organe électoral. La priorité doit plutôt être accordée à la mise en place d’un système capable de fonctionner indépendamment des personnes et des organisations.
« La question fondamentale n’est pas de savoir qui dirigera le prochain organe électoral. Il s’agit plutôt de mettre en place un système efficace, indépendant de toute personne ou organisation », a-t-il expliqué.
La digitalisation, un levier de transparence
Au-delà de la réorganisation institutionnelle, la Coalition met l’accent sur la modernisation technique du processus électoral.
La digitalisation apparaît ainsi comme une réponse aux difficultés récurrentes observées lors des scrutins, notamment les incidents dans les bureaux de vote, la gestion des procès-verbaux (PV) et les controverses autour du fichier électoral.
Pour les organisations, le recours à des outils numériques fiables pourrait contribuer à sécuriser les opérations électorales et à renforcer la traçabilité des différentes étapes du scrutin.
Les propositions portent notamment sur l’authentification des procès-verbaux, la conservation sécurisée des documents électoraux, la traçabilité des opérations ainsi que la publication des résultats bureau de vote par bureau de vote.
La protection des données personnelles des électeurs et la mise en place de mécanismes de vérification et de recours figurent également parmi les recommandations.
Les organisations insistent par ailleurs sur la nécessité de préserver les droits des électeurs. Une anomalie technique relevée dans les données d’un citoyen ne devrait pas entraîner automatiquement sa radiation du fichier électoral.
Pour Franck KOUASSI, la digitalisation des systèmes électoraux constitue une réponse aux inquiétudes qui resurgissent à chaque échéance électorale.
« La réponse réside dans la mise en place d’un système technique et d’une solution informatique robustes, capables de répondre durablement aux différentes vulnérabilités du processus électoral », a-t-il souligné.
Plus de 2 000 organisations appellent à un dialogue approfondi
À l’issue de cette rencontre, la Coalition des plus de 2 000 organisations de la société civile a lancé un appel aux autorités nationales et aux institutions concernées pour l’ouverture d’un cadre de dialogue approfondi autour de la réforme électorale.
Elle souhaite notamment engager des échanges directs avec les autorités en charge de la réforme afin de présenter et de défendre ses propositions techniques. Les organisations sollicitent également un cadre de concertation avec les parlementaires, notamment les membres des commissions compétentes de l’Assemblée nationale, pour leur permettre d’examiner leurs recommandations.
La Coalition appelle enfin à une communication claire à l’endroit de l’opinion publique sur les orientations retenues pour le futur organe électoral.
Pour la société civile, la réforme ne doit pas se limiter à une simple réorganisation administrative. Elle doit permettre de garantir les droits des électeurs, de renforcer l’indépendance du système électoral et de prévenir les contestations.
S’adressant particulièrement aux médias, Franck KOUASSI a appelé à une large diffusion de cette réflexion afin de mobiliser la conscience collective autour de la nécessité d’un système électoral plus crédible.
L’objectif affiché est de parvenir à des élections organisées dans un climat de confiance et de sérénité, en faisant de la transparence, du dialogue et de la modernisation technique les piliers de la gouvernance électorale en Côte d’Ivoire.
Aissatou Diallo .